Paroles de femme de vocation

Rédigé le 30/11/2020

De ses 1ères expériences terrains en Argentine et en Bolivie, à son arrivée à Genève, Séverine Ramis Directrice des Programmes de Terre des Hommes Suisse vous livre ici son regard sur l’association. Jeune femme enthousiaste de 37 ans, elle s’engage avec passion pour la défense des droits de l’enfant.

  • Comment est né ton engagement, qui a façonné la professionnelle que tu es aujourd’hui ?

Je suis issue d’une famille engagée au niveau social et citoyen. Mes parents ont toujours porté des valeurs de solidarité mais aussi de combat pour des causes qu’ils considéraient justes, tant dans leur vie professionnelle que militante ou associative. Pour ma part, cet engagement a d’abord pris une forme plus académique, dans le cadre d’études universitaires en droit international humanitaire. Au fil des années, une volonté toujours plus forte s’est portée sur la réalisation d’actions concrètes, bénévoles ou salariées, pour défendre les droits des plus vulnérables.

  • Peux-tu nous parler de tes premiers pas au sein de TdH Suisse ?

J’ai commencé en tant que Chargée de Programmes Colombie-Pérou. Au fur et à mesure des années, des évolutions internes m’ont donné l’occasion d’élargir mes horizons. Cela m’a permis de connaitre une grande partie de nos pays d’actions, en Afrique, en Amérique Latine ou encore en Inde, de travailler en coordination étroite avec mes collègues des pays à l’international comme des autres départements de l’association ou encore d’autres ONG en Suisse. La confiance que m’a accordée l’association depuis 7 ans dans l’exercice de différents postes est une grande fierté. Mais je le ressens aussi comme une lourde responsabilité, celle de porter les valeurs de l’institution et d’œuvrer pour améliorer chaque jour la qualité des programmes mis en œuvre avec et en faveur des enfants et des jeunes. Heureusement, l’équipe au siège et dans les pays partage ce même engagement. C’est un plaisir de pouvoir collaborer avec des collègues aussi engagés et humains.

  • Une journée « type » n’existe pas vraiment. Comment se déroulent tes journées de travail ?

Elles sont souvent trop chargées ! Mais aussi très variées, ce que j’apprécie énormément. Je suis consciente de la chance que j’ai de pouvoir faire un travail qui me passionne autant, tout en étant plein de sens. Mes journées impliquent souvent des échanges avec nos collègues dans les pays d’action et de passer d’une question sur Haïti à la gestion d’un autre élément concernant l’Inde. Un aspect important concerne également la recherche de fonds. Pour poursuivre et renforcer les actions sur le terrain il est essentiel de rechercher des financements. Avec mes collègues de l’équipe programme, nous rédigeons des documents permettant d’expliquer les projets, les résultats atteints et ainsi obtenir des soutiens financiers.

  • En quoi les visites terrains sont-elles nécessaires ?

Pouvoir parler avec les enfants et les jeunes bénéficiaires des actions de TdH Suisse, mais aussi avec les partenaires locaux de la mise en œuvre des projets, est fondamental pour arriver à comprendre les enjeux et adapter au mieux nos actions face aux différents contextes. La situation actuelle nous pousse à innover, en réalisant des échanges virtuels avec nos partenaires locaux, comme avec des jeunes via des groupes WhatsApp ! J’espère malgré tout pouvoir recréer prochainement ce lien direct, qui reste essentiel dans le cadre de notre travail.

  • A l’occasion de ces visites, une rencontre t-a-elle plus particulièrement émue ?

Les rencontres lors de visites de projets sont souvent bouleversantes, mais aussi sources d’énergie et de motivation. Je me souviens d’une mère de famille, forcée de quitter son village pour rejoindre la ville de Cali à cause de la guerre en Colombie. Ayant tout perdu, sans accès à ses terres, elle se battait de toutes ses forces pour ses enfants afin de leur donner un meilleur avenir. Pourtant, d’année en année, entre chacune de mes visites, le sort semblait s’être décidé à éprouver encore cette famille avec de terribles nouvelles. Cette injustice n’a fait que renforcer mon envie de me battre encore plus fort, ma motivation de travailler avec mes collègues colombiens et nos partenaires locaux pour proposer des actions nouvelles et innovantes, permettant d’aider durablement les enfants.

D’autres échanges me rechargent en énergie positive et me permettent de me dire « On est sur le bon chemin, l’avenir est en train de changer ». Certains enfants à peine plus âgés que mon fils, expliquent avec des étoiles plein les yeux comment avoir eu accès à l’école, alors que leurs parents n’avaient pas les moyens de les scolariser, a changé leur vie. Ils peuvent aujourd’hui aider leur famille. Ils se rêvent médecins et n’hésitent pas à aller voir leurs voisins pour leur expliquer que leur fille doit aussi venir à l’école. Ces exemples nous démontrent qu’un autre avenir est possible et que ces enfants sont en train de l’écrire.

  • Le confinement en Suisse a été de courte durée si on compare à ce que vivent encore aujourd’hui les équipes de TdH Suisse en Amérique Latine par exemple. Comment as-tu vécu cette période ?

Comme beaucoup de parents j’ai dû assurer l’école à la maison en plus du travail quotidien, qui dans le contexte de pandémie a nécessité une adaptation très forte et un accompagnement important vis-à-vis de mes collègues à l’international. Répondre à l’équation travailler plus avec moins de temps disponible pour le faire n’a pas été évident. Mais j’ai tenté de vivre cette période aussi bien au niveau personnel et familial que professionnel comme une occasion unique de vivre des choses fortes, différentes et surtout d’innover et se réinventer. Voir son enfant lire un livre en entier alors qu’un mois avant il s’arrêtait après deux pages sont des moments de partage incroyables que le confinement ont permis de renforcer. Le lien avec les collègues sur le terrain s’est lui aussi resserré depuis mars. La distance et l’isolement nous ont poussé à échanger encore plus. Nous avons d’avantage ressenti notre appartenance à une équipe engagée pour une mission qui nous tient à cœur. Nous avons même testé les fameux apéro zoom, à cheval sur plusieurs créneaux horaires et cela a marché ! Une belle idée à garder pour le futur pour renforcer les liens entre tous les collègues de Suisse et d’ailleurs.

Vous souhaitez adresser un message de soutien à Séverine ou à nos équipes ? N’hésitez pas : communication@terredeshommessuisse.ch